Mistiriijo, la mangeuse d’âmes

SYNOPSIS:
Aissatou Dona, une vieille femme de l’ethnie peule est injustement accusée d’être une Mistriijo, une sorcière à l’origine de la maladie d’un garçon à qui elle a mangé l’âme selon ses accusateurs. Dans cette partie de l’Afrique cette inculpation est la pire abomination qui puisse lui arriver. Tous les gens qu’elle estimait depuis son arrivée au village de Mbamaré Maroua la lâchèrent systématiquement et entreprirent de lui infliger un rituel pour soi-disant « recracher l’enfant », une sorte d’ordalie version africaine. Désespérée, la vieille femme se souvient de sa vie antérieure dans son village natal le Mâyel Djabbi, où elle fut l’une des femmes les plus désirées de la région. Elle se souvient également de son mari un officier d’une garnison française auquel elle donna un fils, Philippe.

THEMES ABORDES :
La superstition est le thème majeur du roman. Malgré le développement de la communauté sahélienne, malgré les enseignements de l’Islam qui se veut une religion rationnelle, les habitudes et les pratiques animistes ancestrales ancrées dans le subconscient de la communauté africaine sont toujours là, prêtes à refaire surface et accomplir les pires abominations en faisant fi de tous les enseignements reçus.
Le roman aborde aussi le mode de vie du peuple peul, ses coutumes, ses tradition ainsi que la place qu’occupe la femme et ce qu’elle subit. En effet, il mentionne en détails les mutilations faites aux fillettes ainsi que les tatouages qu’elles doivent se faire et subir dès l’enfance.
On assiste de même aux préjugés qui accompagnent un mariage interracial. Tant qu’il vivait en Afrique la vie de couple allait bien mais dès qu’il s’agit de rentrer en France, le mari renonça à son amour car il ne savait pas comment présenter la femme à ses parents.

STYLE DE L’AUTEUR :
L’auteur fait un aller et retour incessant entre le présent et le passé en respectant toutefois l’ordre chronologique des faits que ce soit dans le passé ou dans le présent. En effet, il s’agit finalement de deux histoires imbriquées l’une dans l’autre. Le « va-et-vient » incessant permet de créer un certain suspens et de maintenir le lecteur en haleine.
Les évènements majeurs du roman se déroulent dans deux lieux différents au Cameroun : à Mâyel Djabbi et à Mbarmaré Maroua mais aussi dans le château de Courtret dans la Gironde en France à la fin du roman.
L’Interculturalité est omniprésente. De prime abord, elle se manifeste par l’utilisation d’un lexique spécifique à la région. Nous citons en exemple les termes : le pulaaku, un mallum, un maayo et un sarado pour désigner respectivement la réserve, une personne enseignant la religion islamique, une rivière et un petit pot en argile.
D’autre part, l’auteure utilise beaucoup de proverbes tirés de la tradition peule et qui sont utilisés dans la vie de tous les jours tels que : « que celui qui se trouve insatisfait de son état fasse un tour pour observer », « si tu as peur de ce qui peut te dévorer, tu n’auras rien à manger », « la patience peut cuir un caillou ».
Les proverbes sont également utilisés durant les joutes amoureuses. Nous citons en exemple celui qui est utilisé par l’héroïne pour montrer qu’elle avait un mauvais souvenir du mariage: « la grue qui a commencé par gouter la bile en a déduit que toute viande est amère »
L’auteure utilise aussi des comptines locales écrites en langue peule puis transcrites en français :
« Oiseau garde-bœufs, donne-moi des ongles, Le jour de la fête je te les rendrais… »
L’Interculturalité se traduit aussi par l’amour puis le mariage de Aissatou Dona, la femme noire avec le Commandant Français, François de Courtret qui était bien décidé à l’emmener vivre dans son château en France : « j’imagine qu’elle sera triste de quitter à jamais son village. Peut-être même ; cela lui fera-t-il plaisir de découvrir enfin cette France dont je lui ai toujours parlé ! Quant à mes parents, je m’en fiche de leur réaction. Qu’ils l’acceptent ou pas, ça sera leur problème pensa-t-il (François), galopant joyeusement, à travers la campagne »
Dans le roman on découvre beaucoup de détails qui nous font connaitre la vie des Peuls de la naissance jusqu’à la vieillesse et la mort ce qui s’apparente vraisemblablement à un roman ethnographique.

RECEPTION DE L’OEUVRE :
La lecture du roman dévoile la vie et les traditions du peuple peul.
Le style de l’auteure nous apprend une nouvelle façon de concevoir une histoire en dupliquant les points de vue de la narration ainsi que les lieux. Deux lieux, deux histoires qui vont se rejoindre dans le présent.

 

Publié parIFRIKIYA
Date de parution1er Septembre 2013
Pqges158
EAN139789956473854
LangueFrançais