Hommage: Marta Monacelli/Italie

Dans la frénésie de notre vie, qui ne suit plus le rythme des saisons ou des âmes, mais uniquement celui du profit et de l’alternance stressante du travail, pouvoir cultiver des relations humaines profondes, bien qu’à une distance de 2 continents et en valorisant ces amitiés comme si elles étaient un élément fondamental de chaque pas dans le monde, de chaque respiration fatiguée dans le secteur culturel et éditorial, de chaque rêve brisé et remonté avec difficulté, mais toujours avec un Amour profond, signifie pour moi donner un Sens à la vie, au sens le plus élevé du terme. J’ai lu et relu plusieurs fois les romans de Djaïli Amadou Amal, tombant follement amoureuse de la force, du talent et de l’extrême courage de cette écrivaine originaire du Cameroun. Mariée à 17 ans à un homme de 50 ans, forcée d’abandonner ses rêves sur ordre de sa famille et par tradition, par la loi des hommes, comme il est d’usage de le faire encore et encore dans de nombreux pays du monde, où un patriarcat féroce et sans scrupule régit le corps et la volonté des femmes, Djaili Amadou Amal vit à fleur de peau la formidable dynamique, les règles strictes et les relations aberrantes qui s’instaurent dans le mariage polygame. Elle va s’évader et pouvoir poursuivre ses études et travailler, devenir écrivaine à succès ensuite. Traduite dans de nombreux pays dans le monde.

Elle créera une association pour les femmes, « Femmes du Sahel« , et donnera la parole aux injustices atroces dont sont victimes les femmes d’Afrique, en particulier dans le Sahel, le Nord de son pays et dans les pays voisins. Dans le premier roman « Les impatientes », Amal décrit la polygamie de trois points de vue différents : la nouvelle jeune épouse d’un homme riche ; d’un jeune cousin toxicomane qui sera battue et abusér encore et encore, sans droit de séparation ni de justice ; l’ancienne mariée qui doit accueillir la jeune mariée de l’homme riche. Chaque voix correspond évidemment à une femme : respectivement Ramla, Hindou et Safira. Il est intéressant de se laisser emporter par la narration, rendue simple dans l’articulation de la prose mais complexe dans la texture générale puisqu’elle traite de thèmes très difficiles. Il faut noter combien la dénonciation sociale, religieuse et politique joue dans ce roman. Je crois que l’écriture utilisée comme outil de dénonciation et arme non violente contre la férocité des situations en vigueur en Afrique, est l’expression maximale de maturité et de valeur que peut avoir un auteur. Faire entendre une voix forte et généralisée d’un malaise général que le monde connaît peu ou pas du tout. (Nous sommes dans des années de politiciens arrogants et mesquins appelant à la fermeture des ports et au déploiement de forces armées sur les côtes et les îles ! Nous sommes dans des années à vouloir nier les droits fondamentaux des êtres humains, comme le sauvetage en haute mer ! Formidable !) Jeter un énorme phare de lumière sur tout ce que ces femmes doivent subir et se taire de peur d’être à nouveau violées, incarcérées, tuées, enfermées dans la maison, est un travail de grande solidarité et fraternité de la part de Djaïli Amadou Amal.


Des thèmes tout aussi forts animent l’histoire du deuxième roman, paru il y a un mois en Italie, « Cœur du Sahel ». Ici la polygamie n’est pas un protagoniste mais un personnage secondaire. La narration se concentre sur une fille célibataire, la protagoniste Faydé, forcée de quitter le village où elle vit avec sa mère et ses jeunes frères parce que la pauvreté les affame à mort. Elle est la fille d’un viol, subi très jeune par sa mère, alors qu’elle était femme de ménage dans une concession de la ville. Adoptée par le père de ses frères, kidnappée par un groupe de terroristes islamistes, elle va grandir dans l’ignorance de ce qui attend des filles comme elle, pauvres, d’une classe sociale qui vaut zéro dans la ville. Elle sera maltraitée, exploitée et participera à la prostitution de ses amies, aussi désespérées qu’elle soit, qui tentent peu à peu de sauver la famille par tous les moyens possibles. A ces thèmes graves et tristes, dramatiques et actuels, s’ajoutent des éléments de grand émerveillement et une fin extraordinaire. Ce qui me frappe dans tout cela, c’est que le principal moteur qui anime la vie d’Amal et son œuvre dans le monde est toujours le Bien, l’Espoir, l’Amour envers son prochain. Malgré tout. Amour que je porterai à l’intérieur pour toujours.


L’avoir à deux pas, en chair et en os, ne peut que laisser une trace indélébile dans mon parcours de femme. Impossible de ne pas me changer !!! Tu es spéciale, un cadeau dans ce monde faux Amal Djaïli Amadou ❤❤❤ Un câlin aussi à ton grand amour, premier lecteur et soutien de ta grandeur et de tes oeuvres, Baba Hamadou. Tu es dans mon coeur. Toujours. La lecture et l’achat de tes romans sont fortement recommandés. Tu mérites tellement. Mais juste beaucoup, beaucoup. Beaucoup.❤

Marta Monacelli/Italie